La première partie du budget pour 2027 a été rejetée à l’unanimité par l’Assemblée nationale, mercredi 4 novembre. Au nom du groupe Écologiste et Social, Eva Sas a pris la parole pour expliquer les raisons de cette opposition à un budget profondément injuste et à rebours de la vision de la société défendu par les Ecologistes.
Retrouvez l’intégralité de son discours :
« Merci madame la présidente.
Messieurs les ministres,
Mes chers collègues.
Le budget que le gouvernement nous a soumis était marqué du double sceau de l’injustice fiscale et de l’inaction climatique.
Pour combler les déficits creusés par dix ans de cadeaux fiscaux aux multinationales et aux plus aisés, le gouvernement veut faire payer tout le monde : les retraités, les allocataires des APL, les malades en affection longue durée, les fonctionnaires.
Tout le monde ? Pas tout à fait. Vous laissez bien tranquilles les plus riches.
Et pourtant qui a parlé, je cite, « des multimillionnaires ou des milliardaires (qui) voient leur taux d’impôt effectif baisser, parce qu’ils abusent de l’optimisation fiscale » ? C’est vous, M. le ministre Amiel ! Vous reconnaissez que les milliardaires contournent l’impôt, mais vous ne prenez aucune mesure pour les faire contribuer.
C’est cela le macronisme au pouvoir : l’application rigoureuse et méthodique d’une devise tragique : fort avec les faibles, faible avec les forts.
Et ce refus de dégager des recettes a une conséquence directe : il nous prive des moyens nécessaires pour lutter contre le dérèglement climatique. Cela devrait pourtant être une priorité après les 8124 décès liés à la canicule de cet été. Mais on nous annonce un budget de l’écologie au rabais, des programmes de lutte contre la précarité énergétique supprimés, des coupes budgétaires dans le fonds chaleur, et même sa suspension en cette fin d’année 2026. Une politique irresponsable alors que notre génération est la dernière qui peut enrayer le réchauffement climatique.
Néanmoins, l’examen de ce texte aura eu le mérite de clarifier deux choses.
La première, c’est votre aveuglement, chers collègues macronistes.
Je dois dire que vous avez encore réussi à m’étonner, chers collègues. Après le constat d’échec implacable de votre politique de l’offre qui a mis la France dans le mur, vous ne voulez pas seulement continuer vos cadeaux fiscaux, vous voulez les amplifier! On a ainsi atteint un summum quand vous avez voté, main dans la main avec le rassemblement national, la suppression de la contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises, 7 milliards de moins pour les caisses de l’Etat, pour les services publics, pour la transition écologique. Les Français se demandent « je paie des impôts, mais où passe l’argent ? » et bien voilà où il passe : dans les cadeaux répétés aux multinationales !
Le deuxième enseignement de l’examen de ce budget, c’est le coming out libéral du Rassemblement national. On n’a jamais su très bien où vous vous situiez sur le plan économique, mais là au moins c’est clair : du côté des actionnaires, des grandes entreprises et des plus riches !
Que chacun sur ces bancs et au-delà de cet hémicycle le sache : le rassemblement national, c’est la politique économique macroniste, avec l’obsession de l’immigration en plus.
Face à cette alliance ultralibérale, les députés du groupe Ecologiste et Social se sont battus pour défendre un autre projet de société : une société plus juste et plus égalitaire, une société qui donne priorité à la lutte contre le dérèglement climatique et à la protection du vivant, une société qui préserve la santé de chacun contre les lobbies des pesticides et de l’alimentation ultra-transformée, une société qui soutient les initiatives citoyennes, les SCOP et les associations car nous croyons au pouvoir de l’initiative collective, une société décentralisée qui redonne de l’autonomie aux collectivités locales au plus près des citoyens.
Nous avons défendu une fiscalité plus juste, qui redresse les comptes publics en mettant à contribution les plus hauts patrimoines et les plus gros héritages, qui taxe les surprofits des entreprises pétro-gazières. Mais aussi une fiscalité alignée avec nos objectifs environnementaux, qui applique le principe pollueur payeur et rend accessible le bio, le train, les transports en commun, et tous les biens et services qui ont un impact positif sur le climat. Notre mobilisation aura permis d’obtenir quelques avancées, notamment la baisse de la TVA sur les transports du quotidien et les services de réparation. Nous avons surtout évité plusieurs reculs : le plafonnement de l’abattement de 10 % des pensions de retraite, la fiscalisation des indemnités des victimes«
Retrouvez l’intervention d’Eva Sas dans l’hémicycle en vidéo :